Institutions : blocage sur la réforme ?

Saga institutionnelle, acte I : le rideau tombe avec « l’affaire Benalla ».

Saga institutionnelle, acte II : refusera-t-on de lever le rideau pour cause de « gilets jaunes » ?

C’est ce que clament des Sénateurs de tout bord, de droite, de gauche et du centre. Autant dire que la réforme institutionnelle est mal en point. Mais ce n’est pas un scoop.

Depuis les premiers échanges sur le sujet, elle fait l’objet de vives tensions entre la majorité et l’opposition, entre l’Exécutif et le Parlement, entre l’Élysée et le Sénat et même entre les différentes composantes de la majorité, LREM et MoDem, voire entre le Président de la République et le Président de l’Assemblée nationale (François de Rugy, à l’époque, qui souhaitait davantage de proportionnelle).

Les points de tension ne manquent pas : réduction du nombre de parlementaires, encadrement de leur droit d’amendement (que l’Élysée a voulu indexer, un temps, sur l’effectif des groupes politiques), suppression de la nouvelle lecture au détriment du Sénat, proportionnelle, etc. Autant d’aspects vis-à-vis desquels Gérard Larcher, Président du Sénat, marque non seulement ses réserves, mais aussi son hostilité, soutenu à la quasi-unanimité par les membres de l’assemblée qu’il préside.

Rappelons, d’abord, que la réforme institutionnelle se décompose en une loi constitutionnelle, une loi organique et une loi ordinaire. Au-delà d’aspects « consensuels » (réforme du Conseil supérieur de la magistrature, suppression de la Cour de justice de la République, suppression des membres de droit du Conseil constitutionnel), elle a pour principales ambitions de supprimer la nouvelle lecture (celle qui s’interpose entre l’échec d’une Commission mixte paritaire ou le rejet de son texte et la lecture définitive à l’Assemblée nationale), de transformer le Conseil économique, social et environnemental, de réduire le nombre de députés et de sénateurs, de limiter le cumul des mandats dans le temps et d’introduire une dose de proportionnelle aux élections législatives.

Rappelons, ensuite, que l’accord du Sénat est nécessaire sur la quasi-totalité des points de la réforme. La loi constitutionnelle ne peut être adoptée qu’en termes identiques par les deux assemblées, avant tout processus de ratification par référendum ou par le Congrès. La réduction du nombre de sénateurs est relative au Sénat et requiert donc son accord, s’agissant d’une disposition organique. Quant au nombre de députés, il ne peut être abaissé sans une baisse du nombre de sénateurs, en raison de l’équilibre constitutionnel issu des articles 68 et 89. Tel qu’il est actuellement prévu, le non-cumul des mandats dans le temps ne paraît pas conforme à la Constitution et supposerait donc également une révision. En définitive, seule la proportionnelle pourrait être adoptée « en force », c’est-à-dire sans le soutien du Sénat.

Pour être sereinement discutée et valablement adoptée, il lui manque aujourd’hui un espace politique

Rappelons, enfin, que la discussion de la réforme avait dû être suspendue en juillet, à l’Assemblée nationale, l’affaire Benalla ayant rendu impossible la poursuite des travaux. Le Président de la République et le Gouvernement souhaitent la réinscrire à l’ordre du jour au mois de janvier prochain.

Cependant, l’hostilité des Sénateurs a été ravivée ce week-end, ces derniers soulignant que, dans le contexte actuel, se préoccuper de réforme institutionnelle plutôt que du quotidien des Français serait une erreur et n’est pas une priorité.

Une réforme institutionnelle touche au fondement même de notre régime politique puisqu’elle concerne son fonctionnement démocratique. Elle est donc essentielle.

Mais il est vrai qu’elle n’est pas la solution immédiate aux préoccupations quotidiennes, si tant est qu’il en existe une. C’est donc précisément parce qu’elle est essentielle qu’il ne faut point la bâcler et que ce serait un tort de la mener dans l’obstination, non dans la concertation.

On en dénonce les méfaits depuis le départ. Aujourd’hui, c’est un espace politique qui lui manque, pour être sereinement discutée et valablement adoptée. Il y a trois raisons principales, toutes politiques.

D’une part, cette réforme est définitivement associée à l’affaire Benalla. Si on en parle moins actuellement, on ne peut pas dire que l’Élysée et, particulièrement, le Président de la République en sont ressortis blanchis et grandis. Les « dessous » de l’affaire ne sont pas encore connus – peut-être ne le seront-ils jamais – et le retour de la réforme dans le débat politique ne ferait que raviver des plaies qui ne sont pas encore cicatrisées : c’est une porte ouverte pour l’opposition, qu’il pourrait être sage de ne pas entrouvrir.

D’autre part, le contexte politique est marqué par de multiples tensions qui contraignent le Gouvernement à de nombreux arbitrages. Sans pouvoir présager de l’avenir, il n’est pas dit que ces tensions disparaissent miraculeusement sous les cadeaux de Noël. Face à une classe politique qui se concentrerait sur elle-même, en discutant des institutions politiques, le risque d’incompréhension serait grand de la part de ceux qui attendent des mesures concrètes et souhaitent vivre mieux. Sauf à faire de la diminution des parlementaires une mesure encore davantage populiste, de nature à réprimer les élus et à donner une satisfaction – certes mince – à tous ceux qui ne les comprennent plus. Ce serait jouer avec le feu. Sauf, à l’inverse, à donner à cette révision un grand souffle démocratique, afin de mieux ouvrir nos institutions aux citoyens, en s’appuyant enfin sur la ressource numérique.

Enfin, il n’échappera à personne que le temps passe. Et à mesure du temps qui passe, tout aboutissement d’une réforme institutionnelle devient plus difficile, car il est un cadeau au Président de la République, détenteur de l’initiative de la révision constitutionnelle. Celle-ci ne peut aboutir sans un soutien minimal de l’opposition, d’autant plus dans un contexte où la majorité gouvernementale n’a pas la majorité au Sénat. Or au fil du quinquennat, la légitimité du Président de la République s’érode, les crispation grandissent, les échéances électorales se rapprochent. Offrir alors une révision au Président n’est certainement pas la préoccupation majeure de ses opposants.

Il se pourrait donc bien que la révision institutionnelle soit définitivement enterrée. Et cela, ce serait une excellente nouvelle.

 

Constitutionnaliser le numérique

Le chantier de la révision institutionnelle en cours et dont le volet constitutionnel sera débattu cette semaine en commission des lois à l’Assemblée nationale est marquée par une absence notable : le numérique.

Cela aurait été bienvenu et même espéré. Emmanuel Macron, candidat en campagne, l’avait promis : « le numérique doit participer à l’exercice de la démocratie ». Emmanuel Macron, Président de la République qui détient l’initiative de la réforme constitutionnelle, aurait pu profiter de la modernisation du Conseil économique, social et environnemental pour associer le numérique à la démocratie.

Rien de tout cela : aucune disposition de la réforme, dans quelque texte que ce soit (constitutionnel, organique ou ordinaire) n’en fait mention.

Des parlementaires se sont néanmoins saisis du sujet et au terme des réflexions d’un groupe de travail bicaméral, un amendement va être déposé pour adosser une Charte du numérique au Préambule de la Constitution.

Sur le fond, le principe est louable. Mais sur la forme, la méthode est contestable.

Le principe est louable car le numérique trouve pleinement sa place dans la Constitution. En effet, il s’impose toujours plus dans notre quotidien, d’une recherche la plus simple et basique à une démarche la plus technique et élaborée. Le nier serait naïf.

Si la fracture numérique existe, tant concernant des zones non couvertes qu’à l’égard de personnes ne faisant pas usage d’Internet, elle ne doit pas constituer une cause du non développement du numérique, mais un fait qu’il faut réduire. Le Conseil constitutionnel a d’ailleurs déjà reconnu la liberté d’accès à Internet et interdit notamment de couper cet accès, à l’instar de l’eau ou de l’électricité.

En multipliant l’ajout de Chartes, le Préambule perd sa solennité et sa qualité

Garantir constitutionnellement un droit d’accès au numérique, le neutralité du Net ou la liberté de son usage ne saurait avoir pour conséquence de forcer chacun à être connecté, mais renforcerait la place qu’occupe déjà le numérique dans notre droit et dans nos vies. Pourvu que, bien sûr, il ne devienne pas une voie exclusive pour effectuer des démarches : le principe d’égalité ne le permettrait pas.

Mais sur la forme, inscrire une « Charte du numérique » dans le Préambule de la Constitution relève simplement du phénomène de mode. On a fait la Charte de l’environnement. On parlait d’une Charte de la laïcité. On prépare désormais la Charte du numérique. Demain, ce sera la Charte de l’enseignement, la Charte de la déontologie, la Charte des animaux, la Charte des médias, la Charte des relations commerciales, la Charte des vacances, la Charte de l’enfant parfait, la Charte codifiant les Chartes.

Passée la polémique sur sa valeur, désormais établie, le préambule de la Constitution est d’abord un instrument solennel, qui contenait initialement deux textes essentiels de l’histoire de France. En y multipliant l’ajout de Chartes, il perd cette solennité, ainsi que sa qualité.

Cette Charte contient elle-même un Préambule, dont la valeur n’est pas nécessairement acquise. Celui de la Charte de l’environnement appelait déjà des critiques, car on pourrait demain s’en saisir pour réclamer la préservation d’un droit dans une proportion que le constituant n’avait pas imaginée.

Pourquoi alors ne pas envisager, tout simplement, de modifier le dispositif de la Constitution ?

La Charte du numérique prévoit la garantie du droit d’accès au numérique, de la neutralité du Net, de l’accès et de la protection des données personnelles ? Mais tout cela trouvera un prolongement dans la loi et l’on peut alors se contenter de modifier l’article 34, en y ajoutant un alinéa disposant que « la loi fixe les règles concernant : […] l’accès aux réseaux numériques et aux informations publiques, la neutralité des réseaux numériques, la protection, l’accès et la maîtrise des données personnelles ».

Par sa dénomination et son positionnement dans le Préambule, la Charte aurait une valeur symbolique importante ? Mais alors montrons que la Constitution de la Ve République, à bientôt 60 ans, sait être plus en avance que toutes les autres et modifions l’article 3, pour adosser le numérique à la souveraineté. Il ne s’agit pas d’en faire son mode d’exercice exclusif, mais seulement complémentaire en indiquant que « La loi prévoit les conditions dans lesquelles l’exercice des droits civils et politiques peut être facilité par les réseaux numériques ».

Les propositions d’amendements des parlementaires  incluent également de telles propositions (modification de l’article 4 et de l’article 34), mais seulement à titre subsidiaire car ils expriment leur « préférence pour la proposition de Charte de numérique ».

Encore faudrait-il, dans un cas comme dans l’autre, convaincre les parlementaires de voter la révision constitutionnelle. Et pour cela, même si le vote dans les Assemblées est électronique, un clic ne suffira pas.

La révision constitutionnelle ne passera pas

En l’état et sans modification majeure, la révision constitutionnelle ne passera pas.

La raison est simple : le projet de loi constitutionnelle, adopté en Conseil des ministres le 9 mai dernier, ne comporte aucune disposition incitant les parlementaires à l’adopter. Il n’a pratiquement pas été modifié après l’avis du Conseil d’État et, en-dehors d’éléments cosmétiques, symboliques ou désormais systématiques, la plupart des modifications viennent restreindre les droits du Parlement.

Toute révision constitutionnelle contient des mesures encourageant le Sénat à les voter

Il en est ainsi de la restriction du droit d’amendement, de la réécriture de l’ordre du jour, de la suppression de la nouvelle lecture, de la modification de la procédure budgétaire, comme on a pu l’analyser ici ou , lors du passage en revue de ce projet de loi. Il en est également ainsi des modifications prévues par les projets de lois organique et ordinaire, avec la diminution du nombre de parlementaires, la limitation du nombre de mandats dans le temps ou l’introduction d’une dose de proportionnelle.

Les seules exceptions concernent la transformation du Conseil économique, social et environnemental en « Chambre de la société civile » et quelques évolutions concernant les collectivités territoriales, notamment l’inscription de la Corse dans la Constitution. Mais le Gouvernement ne pourra compter ni sur le premier ni sur la seconde pour faire adopter la révision, puisqu’ils ne participent pas à la procédure.

Or toute révision constitutionnelle nécessitant impérativement l’accord du Parlement et, notamment, du Sénat, elles contiennent systématiquement des mesures encourageant ce dernier à les voter. Tel n’est pas le cas, aujourd’hui et il pourrait donc bien ne rien rester de la révision institutionnelle promise par Emmanuel Macron.

Si la révision constitutionnelle ne passe pas, se rabattre sur les seules mesures organiques et ordinaires sera une très maigre consolation. D’abord, l’accord du Sénat sera nécessaire pour la réduction du nombre de sénateurs : s’il s’oppose à la révision, il s’opposera sans doute à l’ensemble de la réforme. De surcroît, on ne peut diminuer le nombre de députés sans diminuer également le nombre de sénateurs, en raison de l’équilibre voulu et imposé par la Constitution et, notamment, l’article 89 : le Sénat s’opposant à la réduction de ses propres effectifs, il s’oppose, de facto, également à la réduction de ceux de l’Assemblée nationale.

Ensuite, la limitation du nombre de mandats dans le temps relève de la Constitution, non de la loi organique car, s’agissant d’une question d’inéligibilité, le Conseil constitutionnel exige qu’elle soit « nécessaire au respect du principe d’égalité devant le suffrage et à la préservation de la liberté de l’électeur ».

Enfin, il ne resterait que la dose de proportionnelle, seule mesure issue de la loi ordinaire et qui peut donc être adoptée sans l’accord du Sénat. Tout cela, pour cela…

C’était ce que j’indiquais à l’hebdomadaire Marianne dans une interview donnée au lendemain de l’adoption du projet de loi constitutionnelle en Conseil des ministres. Je vous propose de retrouver ci-après.

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« La réforme de la Constitution de Macron n’a aucune chance de passer »

Propos recueillis par Étienne Girard, Publié le 10 mai 2018 à 17:47

Le gouvernement vient de déposer, ce mercredi 9 mai, un projet de loi constitutionnelle… qui se heurtera à un mur parlementaire, selon le professeur de droit public Jean-Philippe Derosier. La faute à un Sénat incontournable. Explications.

Emmanuel Macron vient de lancer le premier étage de sa fusée institutionnelle. Ce mercredi 9 mai, un projet de loi constitutionnelle a été présenté en Conseil des ministres. Son contenu agrège des mesures consensuelles, comme la fin d’une justice d’exception pour les ministres ou la suppression des membres du Conseil constitutionnel… et d’autres beaucoup plus détonantes. Le volet parlementaire du texte, notamment, prévoit que les amendements sans lien direct avec la loi discutée devront désormais être refusés. Le gouvernement aura également davantage la main sur l’ordre du jour des Chambres et pourra écourter les débats parlementaires en décidant qu’après une lecture dans chaque Chambre, l’Assemblée nationale statue définitivement. Autant de propositions qui irritent au plus haut point les sénateurs. Parce que le diable se cache dans les détails juridiques, Jean-Philippe Derosier, professeur de droit public à l’Université de Lille 2, nous explique pourquoi le texte n’a – dans sa version actuelle – aucune chance de passer.

Marianne : Sitôt le projet de loi constitutionnelle présenté, ce mercredi 9 mai, l’opposition a dénoncé une atteinte aux droits du Parlement. Partagez-vous cet avis ?

Jean-Philippe Derosier : Oui. Dans ce texte, il y a des choses bonnes et des choses nouvelles. Les choses bonnes ne sont pas nouvelles : c’est la disparition des membres de droit du Conseil constitutionnel, c’est la suppression de la Cour de justice de la République qui jugeait les ministres, c’est l’incompatibilité entre un poste de ministre et un mandat exécutif local. François Hollande s’était déjà prononcé en faveur de ces mesures. Quant aux choses nouvelles, elles ne me paraissent pas bonnes. Le projet prévoit en effet de réduire les droits du Parlement.

Le gouvernement souhaite notamment limiter le droit d’amendement des parlementaires.

Oui, les amendements qui n’ont qu’un lien indirect avec le texte en discussion devront être déclarés irrecevables. C’est la Chambre concernée qui se chargera elle-même du contrôle. L’Assemblée nationale étant toujours du même bord que le gouvernement, le risque est que le président de cette Assemblée en fasse une arme politique, afin de bâillonner l’opposition. Mais cela finirait par se voir, surtout que l’opposition aurait la possibilité de déposer un recours devant le Conseil constitutionnel après le vote de la loi. Du reste, cette disposition n’est pas selon moi la plus choquante. Il me paraît beaucoup plus préoccupant qu’on tente d’escamoter la fonction de contrôle du gouvernement par les parlementaires.

Depuis 2008, une semaine par mois est consacrée au « contrôle de l’action du gouvernement » au Parlement. On ne peut pas dire que ce soit une franche réussite…

Pour certains parlementaires, la semaine de contrôle est en effet synonyme de relâche. Cela ne me semble pas une raison suffisante pour la supprimer. Au contraire, il m’aurait paru intéressant de donner davantage de pouvoir aux députés et sénateurs par rapport au gouvernement, notamment en matière d’enquête. Cela a d’ailleurs été envisagé pendant les discussions sur ce projet. Finalement, aucune mesure de cette réforme ne profite au Parlement, si bien que je ne vois pas comment ce texte pourrait être voté.

Aucune mesure de cette réforme ne profite au Parlement, si bien que je ne vois pas comment ce texte pourrait être voté

Le Sénat a-t-il les moyens de bloquer la réforme ?

Dès qu’on parle d’une réforme constitutionnelle, le Sénat est incontournable. Le vote des sénateurs est nécessaire pour faire passer le texte : s’il vote contre, le projet de loi est abandonné. Donc s’ils le veulent, Gérard Larcher et le Sénat peuvent bloquer et annihiler la réforme. C’est pour cette raison que, si aucune proposition n’est formulée pour satisfaire les sénateurs, la réforme de la Constitution de Macron n’a aucune chance de passer.

Qu’en est-il de la loi organique, qui prévoit la limitation des mandats des élus dans le temps et la baisse du nombre de parlementaires ?

Le Sénat peut là aussi mettre son veto, pour des raisons différentes. Concernant la baisse du nombre de parlementaires, il s’agit d’un cas particulier, rare, prévu par la Constitution. Parce qu’un des articles prévoit la baisse du nombre de sénateurs, on est en présence d’une « loi relative au Sénat ». Et dans ce cas-là, la loi… doit être votée par les sénateurs. Concernant la limitation des mandats dans le temps, cette disposition est à mon sens inconstitutionnelle car elle interdit aux parlementaires de se représenter après leur troisième mandat. Or, le Conseil constitutionnel contrôle très strictement ce type d’inéligibilités. Il me semble donc que cette disposition devrait figurer, non pas dans la loi organique, mais dans la loi constitutionnelle… qui doit être impérativement votée par le Sénat. Le seul texte que le gouvernement peut faire passer sans les sénateurs, c’est celui sur la proportionnelle, qui relève d’une loi simple.

Emmanuel Macron ne peut-il pas convoquer un référendum, pour contourner un éventuel veto du Sénat ?

Dans les faits, on peut toujours tout faire. S’il le souhaite, Emmanuel Macron peut donc prendre un pistolet et tirer sur le Sénat en organisant en référendum. Mais il n’a pas le droit de le faire car une réforme constitutionnelle doit toujours, au préalable, être votée par le Parlement. Le président prendrait donc deux risques. Le premier, c’est d’être désavoué par le Conseil constitutionnel. Depuis l’an 2000, il contrôle le décret de convocation des référendums. Il pourrait donc très bien décider… d’annuler l’organisation du référendum, en considérant que le texte doit d’abord passer devant le Parlement. L’autre risque, c’est tout simplement celui de perdre la consultation. En Italie, Matteo Renzi a perdu en 2016 un référendum constitutionnel qu’il imaginait gagner facilement.

Pourquoi la droite sénatoriale ferait-elle ce cadeau à Emmanuel Macron ?

Le gouvernement est-il condamné à délester son projet des mesures qui ne plaisent pas aux sénateurs ?

Je ne vois pas comment faire autrement. Une autre possibilité est de rajouter des mesures qui plairont aux sénateurs, mais ce n’est pas vraiment la direction prise pour le moment. Même dans ce cas, on peut douter de la volonté sénatoriale de faire passer ce projet. Une réforme constitutionnelle arrivée à son terme est en effet toujours perçue comme une victoire politique du président de la République. Pourquoi la droite sénatoriale ferait-elle donc ce cadeau à Emmanuel Macron ?