Non à la cohabitation

Les résultats d’hier sont sans appel : les Français n’aiment décidément pas la cohabitation.

Inutile de revenir, autrement que pour les rappeler, sur ces résultats du premier tour des élections législatives. Victoire écrasante de La République en marche, abstention record, renouvellement, déroute historique des partis de gouvernement : telles sont quelques-unes de leurs caractéristiques.

L’abstention, dont le chiffre définitif s’élève à 51,29%, est historique et progresse de presque dix points, par rapport à 2012 (42,78%).

Les conséquences immédiates sont la faiblesse du nombre de triangulaires (il n’y en aura qu’une seule) et le faible nombre d’élus dès le premier tour (il n’y en a que quatre). Pour être élu au premier tour, il faut obtenir la majorité absolue des suffrages exprimés, à la condition qu’ils représentent au moins le quart des électeurs inscrits, tandis que pour se qualifier au second, il faut obtenir au moins 12,5% des voix des électeurs inscrits. De fait, lorsque l’abstention est forte, les inscrits se sont faiblement déplacés et il devient difficile d’en réunir au moins le quart ou 12,5%. Ce sont alors les deux candidats arrivés en tête qui sont qualifiés pour le second tour.

La conséquence à plus long terme sera une légitimité affaiblie des élus et de la majorité. Même si elle est écrasante, elle ne représentera que la moitié des électeurs. Cela ne l’empêchera pas de gouverner, mais ne manquera pas non plus de l’exposer à la contestation. Car, souvent, qui se tait dans les urnes, sait se faire entendre dans la rue.

Cela supposera peut-être que l’on s’interroge sur les causes de ce record, afin de les identifier et les éviter à l’avenir. Sentiment que tout s’est joué le 7 mai, que la victoire était acquise, lassitude d’un électorat auquel on ne fait que parler d’élections depuis plus d’un an, beau temps ou encore désintérêt pour la chose publique : elles sont nombreuses, multiples et variées et on ne s’y arrêtera aujourd’hui, pour mieux y revenir plus tard.

En donnant massivement leur voix à l’étiquette de La République en marche, votant parfois pour des candidats qu’ils ne connaissaient nullement au détriment de ceux dont ils pouvaient être proches, les électeurs ont dit « Non à la cohabitation ».

Ils l’avaient déjà fait en 2002, lorsqu’une majorité nette fut accordée au parti créé par Jacques Chirac, au lendemain d’une présidentielle à la victoire assurée mais néanmoins mesurée. À la veille du premier tour de cette présidentielle, les sondages prédisaient un duel entre Jacques Chirac et Lionel Jospin et, dans cette hypothèse, une victoire de ce dernier. Au soir du premier tour, la gauche, quoique défaite, était majoritaire. Ses électeurs, contraints et forcés de voter à droite au second tour pour faire barrage au Front national, auraient pu être avides de revanche lors des législatives.

Rien n’y a fait : fidèles à eux-mêmes et en toute cohérence, ils refusèrent la cohabitation et donnèrent une majorité au Président élu.

Le scénario s’est reproduit cette fois-ci. Cette élection présidentielle était soi-disant imperdable pour la droite. Mais elle l’a perdue. Qu’à cela ne tienne, ses responsables escomptaient l’emporter lors des législatives, en obtenant à l’Assemblée le pouvoir qu’ils n’avaient pas pu conquérir à l’Élysée.

C’était sans compter, une nouvelle fois, sur la cohérence des électeurs : si l’on donne le pouvoir à quelqu’un, c’est pour qu’il puisse l’exercer. Telle est, à la fois, la logique humaine et celle de la Vème République, où le Président n’est pas seulement élu pour être le représentant de l’État, mais aussi et même d’abord pour mener une mission politique.

C’est le sens de son élection, c’est le sens que lui donnent les électeurs et c’est ce qu’ils confirment lors des élections législatives.

Et à ceux qui soutiennent que la cause en est un dysfonctionnement du régime de la Vème République ou « l’inversion » du calendrier électoral, il faut répondre que les électeurs, eux, soutiennent exactement l’inverse.

D’abord, ils ont porté au pouvoir un Président qui entendait ouvertement préserver le régime. Ensuite, alors qu’à peine élu à la présidentielle, ils pouvaient en faire un Président battu aux législatives, ils ont confirmé son pouvoir. Enfin, on ne cessera de rappeler qu’il ne s’agit pas « d’inversion » mais bien de « rétablissement » du calendrier dont il s’agit et ces élections le prouvent une nouvelle fois : on choisit un chef, porteur d’un projet, puis on lui donne les moyens de gouverner. La légitimation opère en deux temps : le premier enclenche le second, le dernier venant attester que le résultat initial est accepté et ne résulte pas d’un accident électoral.

Les institutions ont cette logique, les électeurs ont cette cohérence. On peut contester les premières, mais tant que les seconds ne s’y rallient pas, rien n’y fera : la Vème République restera telle qu’elle est. Et y changer quelque chose, par un recours à la proportionnelle, ne serait ni la renforcer ni la moderniser, mais seulement l’affaiblir.

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