Une marche courte, deux marches hautes

La France est donc En Marche !

Le résultat est sans appel, mais non sans nuances. Il est meilleur que la plupart des pronostics, mais moins bon que ce que les défenseurs de la République auraient aimé voir.

Avec 66,10% des suffrages exprimés, Emmanuel Macron devient le huitième Président de la Vème République, le plus jeune de l’histoire républicaine, réussissant le pari le plus osé.

C’est le deuxième meilleur score depuis 1965, après celui de Jacques Chirac, élu en 2002 avec 82,21% des voix. A chaque fois, c’était face au Front national. Il n’y a pas de quoi s’en réjouir.

L’abstention atteint 25,44%. Là aussi, c’est le deuxième « meilleur » score, après celui de 1969, où elle avait atteint 31,15% au second tour.

C’est également la seconde fois, depuis cette date, que la participation baisse entre le premier et le second tour de l’élection présidentielle. Mais les raisons divergent, entre 1969 et 2017 : là où elle exprime un désintérêt à l’égard d’un second tour entre Georges Pompidou et Alain Poher, alors que le premier était quasiment en passe de l’emporter dès le premier tour (avec 44,47% des voix), elle exprime un réel rejet du second tour entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. De nombreux électeurs ne s’y retrouvaient pas et ont décidé de boycotter le scrutin.

Cela est confirmé, si besoin était, par le record des votes blancs, qui n’ont jamais été aussi nombreux : plus de trois millions, soit 6,35% des inscrits et 8,51% des exprimés. Il faut y ajouter les plus d’un million de votes nuls, représentant 2,21% des inscrits et 2,96% des exprimés.

Cela porte le total des suffrages exprimés à 66,01% des inscrits : seuls deux tiers des électeurs se sont ouvertement exprimés, un tiers a décidé, d’une façon ou d’une autre, de rejeter cette élection.

Dès lors, dans un esprit d’ouverture et de prise en considération de ceux qui ont manifesté une voix discordante, celui qui devient le « Président de tous les Français », selon la formule consacrée, devra sans doute réfléchir à une nouvelle forme de prise en considération de ces votes blancs.

Il demeure que, exception faite de 2002, il faut remonter à la seconde élection de François Mitterrand, en 1988, pour retrouver un meilleur score en termes d’inscrits : 43,76% pour Mitterrand, 43,63% pour Emmanuel Macron.

Mais, là encore, l’électorat et, donc, le score d’Emmanuel Macron doivent être nuancés. Il est vrai que le second tour de l’élection présidentielle est toujours un vote d’élimination, voire de résignation, rarement de pleine adhésion. Les électeurs choisissent au premier tour et se rassemblent au second, pour éliminer l’adversaire. Cependant, en l’espèce, l’adversaire est particulier et le vote Macron ne rejette pas seulement une opinion politique, mais un ennemi de la République.

Si bien que son électorat aura tout loisir d’atténuer son score lors des échéances prochaines : les élections législatives.

Cela a été dit à de nombreuses reprises : c’est là que tout se joue, car ce sont elles qui donnent réellement le pouvoir. Et le premier tour a lieu le 11 juin, soit dans cinq semaines à peine : jusque-là, la marche est courte.

Il est vrai que, jusqu’à présent, tout Président élu et confronté, dans la foulée, à des élections législatives, a obtenu une majorité pour gouverner et appliquer son programme. De 1981 à 2012, en passant par 1988, 2002 et 2007, aucune exception. L’élection présidentielle a un effet d’entrainement et un effet structurant.

D’entrainement, car le Président a été élu pour accomplir un programme politique et les électeurs lui donnent ensuite la majorité dont il a besoin pour le mettre en œuvre : faire le contraire serait se dédire.

Structurant, car il n’y a, au second tour de la présidentielle, que deux candidats, donc deux camps et un seul l’emporte. Le mode de scrutin des législatives, proche du scrutin de la présidentielle, a tendance à reproduire le même schéma, avec le même résultat. Les deux dernières marches sont alors, presque, une formalité.

Mais contrairement aux cas antérieurs, Emmanuel Macron part avec un double handicap : son électorat est hétérogène, son mouvement est hétéroclite.

À la différence des autres majorités présidentielles qui se sont exprimées lors d’un second tour, celle dont dispose le nouveau Président manifeste un rassemblement pour la République, contre ses ennemis. C’est beaucoup plus fédérateur, d’où son score, mais cela ne permet pas de dissiper toutes les dissensions. On l’a vu dès hier soir, avec les positions manifestées par Benoît Hamon et François Baroin, qui avaient tous deux appelé à voter pour le Président élu, mais qui entendent tous deux s’opposer à lui.

De même, En Marche ! est un mouvement récent, composé de profils diversifiés. Si Emmanuel Macron, son projet et sa personnalité ont su convaincre, même dès le premier tour, il n’est pas encore acquis que les candidats investis localement bénéficient de la même force de conviction.

Mais cela reste possible : les deux dernières marches sont hautes, mais nullement infranchissables.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *